Le don d'organes, un sujet délicat

Préparer mes obsèques

Que peut-on prélever, à qui, jusqu'à quel âge, dans quelles conditions, comment en discuter, pour ou contre le don d'organe ? Nous tâcherons de répondre à ces questions le plus clairement possible.

Président de l'Association régionale des greffés du cœur (ARGC)* et vice-président de la Fédération française des associations de greffés du cœur et des poumons (FFAGCP), Michel Stragier nous éclaire sur le délicat sujet du don d'organe. Lui-même greffé du cœur depuis dix ans, il préside cette association fondée en 1986 depuis six ans. Que peut-on prélever, à qui, jusqu'à quel âge, dans quelles conditions, comment en discuter, pour ou contre le don d'organe ? Nous tâcherons de répondre à ces questions le plus clairement possible.

Le don d'organe, qu'est-ce que c'est exactement ?

Lorsqu'un sujet est en mort encéphalique, c’est-à-dire que son cerveau ne vit plus et qu'il est maintenu en vie artificiellement, si les organes viables de son corps peuvent être prélevés, ils seront transplantés dans le corps de « receveurs ». C'est ce qu'on appelle une « greffe ». On met en place dans le corps humain un organe étranger qui lui est devenu nécessaire. Les greffes les plus fréquentes sont celles du rein (60 % des greffes en 2011), du foie (23 %), du cœur (8 %) et du poumon (6 %).

Après la mort, on peut prélever le cœur, le bloc cœur-poumon, les poumons, le foie, les reins, le pancréas, les os, le cartilage, la cornée, la peau et plus rarement les intestins. Autant de vies sauvées. Et en plus, « certains organes comme les reins peuvent être prélevés sur des sujets jusqu'à environ 70 ans, ou 80 pour la cornée » précise M.Stragier. Ce qui fausse l'idée reçue qu'on ne peut plus être donneur après un certain âge.

Lorsqu'on est receveur, on est inscrit sur une liste d'attente et, quand le besoin devient impératif, on est placé sur une liste d'urgence nationale, pendant deux fois 48 heures. Les critères d'autorisation de transplantation sont très stricts et le prélèvement se fait d'après la décision de l'Agence de la Biomédecine, une agence d'État dépendante du ministère de la Santé. Une fois la machine lancée, il faut aller très vite. Le président de l'ARGC explique que « pour une greffe de cœur, il faut respecter un délai de 4 heures maximum entre le prélèvement et la greffe. Plus le délai est court, plus le taux de réussite est élevé ». Pour les autres organes, le délai maximum est d'environ 8 heures.

Concernant l'aspect du corps, il ajoute : « le donneur est considéré comme un patient vivant qui est censé se réveiller. C'est une vraie opération pratiquée par un chirurgien très expérimenté et le corps est rendu sous un aspect parfaitement normal. Tout est fait pour respecter le corps et le donneur lui-même ».

Faire connaître sa volonté

Il faut savoir qu'il existe un Registre national des refus, sur lequel vous pouvez vous inscrire en précisant les organes que vous refusez de donner. On comptait, au mois de juin 2015, 120 000 personnes inscrites (en attendant la mise à jour).

Paradoxalement, il n'existe pas de registre officiel des donneurs… Si vous souhaitez être reconnu comme donneur, il existe deux solutions. Vous pouvez d'abord et avant tout en parler à votre entourage, pour faire savoir votre décision. Vous avez le choix aussi de prendre une carte de donneur au sein d'une association. Cette carte est gratuite et il est important de toujours l'avoir sur vous. Si l'occasion devait se présenter, on cherchera avant tout à savoir si vous êtes porteur d'une carte. Le problème est que même si vous l'avez, comme elle n'a aucune valeur légale, on demandera quand même à votre famille son accord. Il est donc extrêmement important d'en parler.

Depuis de longs mois, on tente de légiférer sur le postulat suivant : toute personne n'étant pas inscrite sur le registre des refus ou portant une carte de donneur sera automatiquement considérée comme donneuse. Avec ou sans le consentement de la famille. Le projet de loi navigue entre les institutions.
Refus par conviction ou par manque d'information, 45 % des donneurs potentiels et de leur famille ont refusé le don d'organe en 2015.

Un moment délicat pour les familles

La partie la plus délicate reste le moment de la discussion avec la famille du donneur potentiel. « Les membres du service de coordination des greffes reçoivent une formation particulière pour s'adresser et gérer cet événement avec la famille » rappelle Michel Stragier, « ils sont les seuls habilités à faire ça ».

Après la constatation du décès, les médecins consultent le registre national des refus et, si la personne n'est pas inscrite, ils doivent demander à la famille si leur proche avait fait part de son souhait en matière de don d'organe. Si tel est le cas la décision se prend plus rapidement ; à l'inverse, l'équipe est là pour discuter avec la famille, répondre à toutes les questions et lui laisser le temps nécessaire pour prendre sa décision. Parce que c'est un choc et un moment très douloureux, en cas de non-connaissance de la volonté du défunt, près de 2/3 des familles refusent le prélèvement. Pour ou contre, il est indispensable de discuter de sa volonté et de son souhait avec son entourage. Si une seule personne proche du potentiel donneur refuse, le prélèvement ne sera pas effectué. Alors pensez-y.

Pour finir, il faut se rappeler que la gratuité de l'acte est un principe fondamental, inscrit dans la loi de bioéthique.

Vous pouvez également retrouver de nombreuses informations sur http://www.agence-biomedecine.fr.

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