La mort dans les Disney

Une constante apparait clairement dans l’œuvre de Disney : la mort. Une mort qui n’est pas exprimée de manière anodine. Et une question en suspens : pourquoi les personnages principaux meurent-ils autant ?

Les dessins animés et films d’animation incarnent notre enfance, notre jeunesse. Ils font partie de notre histoire, et refont surface quand arrive notre tour d’enfanter. Les longs métrages de Disney s’enchainent et trouvent leur place auprès de leurs prédécesseurs, des légendes cinématographiques devenues cultes et indémodables. On se plait à les regarder, encore et encore. Avec les années, notre regard change, mais la magie reste.

Pourtant, tout évolue avec le temps : les personnages, les scénarii, les graphismes… Vraiment tout ? Une constante apparait clairement dans l’œuvre de Disney : la mort. Une mort qui n’est pas exprimée de manière anodine. Et une question en suspens : pourquoi les personnages principaux meurent-ils autant ?

L’impact de Walt Disney sur les œuvres

Don Hahn, réalisateur américain travaillant pour les studios Disney, a fait quelques révélations sur la perception de la mort dans l’œuvre globale de Disney. Il explique tout d’abord que le format d’un long métrage, de 80 à 90 minutes, met généralement en scène un personnage principal juvénile que l’on voit évoluer jusqu’à atteindre son but (souvent une vengeance ou une revanche, sur lui ou une personne tierce). Or, le point de départ est souvent le décès d’un parent, évènement qui place le personnage face à ses responsabilités dès son plus jeune âge.

Par ailleurs, la vie du fondateur Walt Disney serait loin d’être étrangère à la répétition de la mort d’un proche. Don Hahn raconte qu’en 1940, Walt Disney a fait cadeau d’une maison à ses parents. Peu de temps après, suite à un accident domestique, il perd sa mère, et son père est hospitalisé. Il se tient alors pour responsable de ces conséquences. Il n’est donc pas exclu de penser que ce drame familial aurait pu peser sur le scénario de certains films.

Vérité ou mythe, la mort dans les Disney s’est imposée comme une véritable marque de fabrique qui perdure encore aujourd’hui, comme nous allons le constater.

Tragiques et émouvantes disparitions …

Dumbo (1941) et Bambi (1942) sont les premières œuvres qui évoquent la séparation précoce du parent et de l’enfant. Dumbo, orphelin, se retrouve rapidement éloigné de sa mère adoptive, Madame Jumbo, tandis que Bambi perd sa mère, abattue par les chasseurs. Deux destins tragiques qui en ont appelé d’autres.

Peter Pan (1953), quant à lui, n’est-il pas orphelin de ses parents, tout comme ses compères, les enfants perdus ? Même cas de figure dans « Le Livre de la Jungle » de 1967, qui met en scène Mowgli, élevé par les loups et qui grandit au milieu des animaux.

Même après la disparition de Walt Disney, la tradition de l’enfant privé des repères parentaux demeure. C’est notamment le cas de personnages qui ne connaitront pas ou peu leur mère : Ariel (La Petite Sirène, 1989), Belle (La Belle et la Bête, 1991), Yasmine (Aladdin, 1992) ou encore Quasimodo (Le Bossu de Notre-Dame, 1996). C’est ce qui fait le lien entre ces héros/héroïnes que tout ou presque sépare.

La perte du paternel, quant à elle, s’illustre aisément dans « Le Roi Lion » (1994), où Simba, impuissant, assiste à la chute de son père Mufasa depuis la falaise. Avec l’idée que le lionceau est tenu pour coupable, quelque part, de la mort de son père.
Encore de nos jours, l’exemple de « La Reine des Neiges » (2013) montre cette volonté des studios Disney à placer un [ou plusieurs] enfant(s) au centre de l’histoire, prônant l’absence de parents comme socles fondamentaux.

Il est important de préciser que la mort dans les films Disney ne se résume pas qu’à l’éclatement d’une relation fusionnelle entre parents et enfants. Certains personnages disparaissent différemment, tantôt de manière étrange, parfois même d’une façon complètement anodine : Scar (Le Roi Lion), dévoré par les hyènes, la sorcière (Blanche-Neige), précipitée dans le ravin, ou encore Frollo (Le Bossu de Notre-Dame), projeté du haut de la falaise.

La mort chez Disney : une forme de violence camouflée ?

La mort occupe une place si prépondérante dans les films de Disney qu’une étude a été menée par des chercheurs britanniques. Celle-ci porte sur une comparaison entre les probabilités qu’ont les personnages principaux de mourir dans les Disney et dans les films adressés aux adultes. Le résultat est surprenant : selon les chercheurs, les personnages principaux des dessins animés sont 2,5 fois plus exposés à la mort que ceux des films adultes et ont 3 fois plus de chance d’être tués.

Par ailleurs, cette même étude renseigne que la mort d’un protagoniste important (des proches comme la mère de Bambi, le père de Simba, les parents de la Reine des neiges…) se produit dans deux tiers des dessins animés pour enfants contre « seulement » la moitié des films destinés à un public adulte.

Enfin, comme mentionné précédemment, les parents sont les cibles principales chez Disney. Il en ressort qu’entre 1937 (Blanche Neige) et 2013 (La Reine des Neiges), les procréateurs des personnages principaux ont 5 fois plus de probabilités de décéder dans des Disney que dans des films « classiques ».

Ces constats poussent les chercheurs britanniques à la conclusion suivante : « Au lieu d'être des alternatives inoffensives et plus douces aux films d'horreur et aux drames, les dessins animés pour enfants sont, en fait, un foyer de meurtre et de désordre ».

A chacun sa vision et son interprétation

L’étude des films de Walt Disney montre qu’il a puisé régulièrement son inspiration audiovisuelle à travers des ouvrages qui évoquent des destins cruels. Jusqu’à développer une marque de fabrique qui se poursuit depuis son départ.

Cet article n’a pas pour objet, évidemment, d’établir une liste exhaustive des personnages Disney et de leur histoire. Ni même de prouver une corrélation fondée entre la vie de Walt Disney et le scénario qu’il réserve dans ses films. Ni même encore de porter un quelconque jugement sur les valeurs et les messages que nous véhiculent ces dessins animés. Tout ce que nous pouvons affirmer, c’est que nous aurons encore droit à de tristes fortunes dans les Disney. Avec, peut-être, un regard différent sur leurs tenants et leurs aboutissants.

Focus sur le fondateur : Walt Disney

Né en 1901 à Chicago, Walter Elias Disney s’intéresse très tôt à l’univers du dessin publicitaire. Il crée dès l’âge de 22 ans, en 1923, la société Walt Disney Company.

De son vivant, de célèbres longs métrages ont été réalisés, tels que Blanche-Neige et les Sept Nains, Pinocchio, Fantasia, Bambi, Dumbo, Cendrillon, Alice au Pays des Merveilles, Peter Pan, La Belle au Bois Dormant, les 101 Dalmatiens ou encore Merlin l’Enchanteur. Ils font partie des grands classiques de Disney qui sont encore regardés plus de 50 ans après leur création.
Grand fumeur, Walt Disney décède en 1966, des suites d’un cancer du poumon.

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