Fêter la Toussaint et les morts dans le monde

Si la Toussaint est associée à la fête des morts chez les populations chrétiennes, de nombreuses autres célébrations surprenantes existent dans le monde. Comment les sociétés honorent-elles leurs défunts ?

En Europe comme sur les autres continents, fêter les morts n’est pas qu’une affaire de Toussaint. Les rites funéraires reposent parfois sur des coutumes ancestrales qui ont façonné, pays par pays, le mode opératoire de la fête des morts.

Fêter les morts en Europe

Outre-manche, si la Toussaint est commémorée de manière « classique », les défunts peuvent faire l’objet d’autres célébrations. En Angleterre, par exemple, la véritable fête se déroule chaque année le 5 novembre, lors du « Guy Fawkes Night », qui donne lieu à des feux d’artifice et des feux de joie. Le 5 novembre 1605, le catholique Guy Fawkes, entouré d’autres conspirateurs, avait tenté de faire exploser le Parlement grâce à des barils, s’opposant à la politique du Roi (« La conspiration des poudres »).

Toujours proche de chez nous mais de l’autre côté des Pyrénées, les Espagnols fêtent les morts par des bougies et des messes sensées guider les âmes vers le paradis. En restant dans la culture latine, en Sicile, la fête des morts est particulière, car elle met à l’honneur… les enfants. Ceux-ci peuvent visiter les catacombes pour toucher les os des ancêtres, afin que le lien avec les morts ne soit pas brisé. Les marchands ambulants vendent en cette période l’ossa dei morti, un biscuit dur recouvert de sucre blanc.

Aux Pays-Bas, en Norvège, en Suède ou encore en Allemagne, Halloween rencontre un franc succès depuis les années 1990 chez les enfants comme chez les adultes, tous adeptes de déguisements. A l’inverse, la Russie ne voit pas d’un très bon œil la popularisation d’Halloween, qu’elle assimile au « Culte de la Mort ». L’Eglise orthodoxe privilégie les rites locaux.

Fêter les morts en Asie

En Asie, la célébration des morts repose sur des traditions bouddhistes. C’est notamment le cas de la Chine, dont les habitants honorent les morts et les ancêtres en déposant des vivres devant leur portrait. Chaque année depuis 1935, le 4 ou 5 avril, est célébrée la « Qing ming », qui sous sa forme moderne, est une journée consacrée à la visite et au nettoyage des tombes. C’est officiellement un jour férié depuis 2008. Cette fête, signifiant « pureté et lumière », symbolise l’arrivée du printemps. Les Chinois célèbrent également la « fête des fantômes », au cours de laquelle les âmes retenues en enfer sont délivrées par des cérémonies et des offrandes. À Hong Kong, il est même coutume de brûler des photos en guise de présents pour les fantômes.

Au Japon, la fête de l’O-Bon, vieille de 500 ans et importée de Chine, met à l’honneur les ancêtres durant 3 jours. Lanternes allumées pour accompagner les âmes, offrandes de nourriture, danse traditionnelle du Bon-Odori (changeante selon les régions du Japon) et nettoyage de tombes caractérisent ces festivités religieuses. L’O-Bon peut se tenir à des périodes différentes dans l’année. Les Japonais sont également friands de culture occidentale, et aux rites ancestraux se greffent peu à peu des déguisements d’horreur.

Au Népal, le « Gai Jatra », ou « festival des vaches », est une fête des morts d’origine hindouiste célébrant les défunts survenus au cours de l’année précédente. L’objectif est d’aider les esprits à regagner le paradis grâce à la vache, animal sacré et élevé au statut de déesse sainte.

La Corée du Sud, quant à elle, rend grâce à la terre, à travers le Chuseok. Les familles bénissent le sol de leurs origines et une cérémonie est dédiée aux ancêtres. Aux Philippines, la fête des morts consiste en une veillée de 24 heures durant laquelle les cimetières sont pris d’assaut pour des offrandes multiples.

Fêter les morts en Amérique

Si les Etats-Unis et le Canada ont des coutumes proches des nôtres, certains pays, notamment en Amérique centrale, fêtent leurs morts de façon plus originale.

Ainsi, au Mexique, la tradition païenne appelée "el dìa de los muertos", autrement dit « Le jour des morts », repose sur une pratique ancestrale des Aztèques. Ceux-ci percevaient la mort comme un honneur. Le 31 octobre est dédié aux « Angelitos », les enfants partis trop tôt. Un goûter traditionnel leur est notamment offert, et des gâteaux en forme d’os ou de cercueils sont consommés. Le lendemain, 1er novembre, fait la part belle aux adultes, avec de nouvelles offrandes. Enfin, la commémoration festive du 2 novembre consiste en une visite de cimetières : elle privilégie le nettoyage des tombes et l’exposition de présents.

Pays voisin du Mexique, le Guatemala fête également les morts de manière joyeuse. Les locaux se dirigent dans les cimetières pour décorer les tombes de guirlandes colorées. Des déjeuners ont parfois lieu sur les tombes, tandis que les cerfs-volants volent au-dessus. Plus au sud, au centre du Salvador, à Tonacatepeque, est organisé un défilé appelé « La Calabiuza ». Les conviés à cette fête honorent la mémoire de leurs morts par des peintures corporelles en noir et blanc.

Enfin, prenons l’exemple d’Haïti, où les habitants fêtent les « Guédés », autrement dit les esprits des morts. Les prêtres vaudous coordonnent des cérémonies durant lesquelles les participants sont conviés à danser, vêtus de noir et de violet. Puis ils se réunissent autour d’une tombe sacrée sur laquelle ils crachent, fument et boivent.

Notons que non loin de là, dans les Antilles françaises, comme la Guadeloupe et la Martinique, fêter les morts se fait en musique, et ensemble, un verre de rhum ou un bol de soupe en main. Le recueillement est un moment de chants et d’anecdotes qui honore la mémoire du défunt. Ce dernier, dans la croyance, rejoint les ancêtres du sol originel : l’Afrique.

Fêter les morts en Afrique

Enfin, en Afrique, existe un rite funéraire particulier, appelé le « famadihana », ou « retournement des morts ». A Madagascar, cette coutume consiste à déterrer les corps puis à les vêtir de tissus frais. Une promenade et une danse avec les proches s’ensuivent alors. Puis les corps sont de nouveau inhumés, parfois pour sept ans. La pratique de ce rite tend à disparaître, en raison du coût élevé de la cérémonie et de l’influence chrétienne occidentale.

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