Une tradition française qui se perd

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Chère au cœur des Français, la commémoration des défunts réunit toujours les familles autour du souvenir de leurs disparus. Cependant, on observe un recul de la fréquentation des cimetières. La Toussaint est-elle une tradition en péril ?

Chaque année, en France, aux alentours du 1er novembre, les chrysanthèmes fleurissent les tombes des quelque 2 500 cimetières que compte le sol hexagonal. Mais un léger fléchissement de la courbe de fréquentation soulève une question : les nouvelles générations continueront-elles de faire vivre cette tradition ?

Souvent confondue avec le 1er novembre – fête de tous les saints –, la fête des morts est en réalité rattachée au deuxième jour de novembre dans le calendrier chrétien. Telle confusion n'est d'ailleurs pas totalement fortuite : le 2 novembre n'étant pas un jour férié, c'est tout naturellement le 1er que les familles profitent de leur congé pour se réunir et se rendre au cimetière. En léger recul depuis une dizaine d'années, cette tradition reste malgré tout bien ancrée dans la vie spirituelle française. Mais pour combien de temps ?

En 2005, 61 % de nos concitoyens affirmaient se rendre régulièrement ou systématiquement au cimetière où reposait l'un de leurs proches pour la Toussaint. En 2014, ils n'étaient plus que 55 %. Un score certes honorable, mais qui témoigne quand même d'une certaine désertion… Décryptage.

Un rituel lié à la religion

Première explication à l’abandon progressif des traditions de commémoration funéraire, l'essoufflement de la pratique religieuse s'avère déterminant. Inscrit dans les obligations de la foi chrétienne, l'hommage aux défunts relève en revanche de convictions philosophiques bien plus aléatoires chez les non-croyants. Parmi cette population, ils sont d'ailleurs 45 % à ne pas se rendre au cimetière par manque de conviction.

Dans une enquête CSNAF-Crédoc* réalisée en 2005, l'auteur, Nicolas Fauconnier, expliquait : « Les profils types qui s’opposent ici, entre ceux qui fréquentent le cimetière à la Toussaint et ceux qui ne le font pas, ressemblent à deux images d’Épinal. D’un côté, la visite rituelle d’automne est le fait d’une personne âgée, veuve, catholique pratiquante et de milieu modeste ; de l’autre, on trouve un Francilien, plus jeune (entre 40 et 50 ans), cadre supérieur avec de bons revenus et profondément athée : cohérent avec lui-même, il ne fréquente pas les cimetières et est un adepte de la crémation. »

De nouvelles pratiques très pragmatiques

En 2014**, la moitié des Français envisageait de se faire incinérer contre seulement 39 % en 2005. Difficile à accepter pour les grandes doctrines religieuses qui prônent le retour du corps à la terre sous l'effet du processus naturel de décomposition, l'incinération, plus expéditive, est en revanche choisie par beaucoup d'athées.

Dans les faits, cette désacralisation progressive du corps du défunt se vérifie chaque jour dans les chiffres relevés par la Fédération française de crémation : en vingt ans, le choix de cette pratique a triplé, passant de 10,5 % à 32,6 % entre 1994 et 2013. Conséquence des cérémonies civiles aujourd'hui choisies par 41 % de Français, ce type d'obsèques va de pair avec un véritable allégement des pratiques d'entretien funéraire : interrogés sur leur choix, les sondés adeptes de la crémation ont majoritairement défendu l'idée qu'ils soulageraient ainsi sensiblement leurs proches du poids et du coût de l'entretien d'une tombe.

La dématérialisation du souvenir

Bien pragmatiques, ces considérations ne laissent finalement que peu de place au souvenir et au recueillement autrefois rattachés à ce temps rituel. Mais là encore, de nouvelles pratiques sont venues récemment bouleverser la donne et introduire une approche différente : plutôt que d'entretenir matériellement le souvenir de leurs proches disparus, les jeunes générations (et pas seulement) se tournent désormais de plus en plus souvent vers le web pour rendre à ces derniers un hommage purement symbolique.

En quelques années, les sites de commémoration virtuelle se sont ainsi multipliés, parmi lesquels le site dansnoscoeurs.fr.

Un coup de propre sur les sépultures

Parmi les causes avancées par les familles pour expliquer leur baisse de fréquentation des cimetières, le premier frein invoqué est celui de la distance géographique : dans une société où le morcellement familial fait loi et où l'on vit parfois à des centaines de kilomètres de ses racines, la visite annuelle au cimetière familial est une pratique qui tend à se perdre.

Pour compenser cette désertion, les sociétés de services sont d'ailleurs toujours plus nombreuses à prendre en charge l'entretien des tombes. Ainsi, si les chrysanthèmes continuent de fleurir les cimetières en novembre, ce n'est plus uniquement le fait des proches dévoués venus se recueillir en personne sur les sépultures mais aussi, de plus en plus souvent, celui des sociétés spécialisées qui tournent à plein régime en ces temps de commémoration collective.

* Enquête Crédoc- CSNAF « À la Toussaint, 51 % des Français de plus de 40 ans se rendent au cimetière », Nicolas Fauconnier, 2005

** Enquête Crédoc- CSNAF « La montée de l'immatériel dans les pratiques funéraires », Nicolas Siounandan, octobre 2014
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